Quelle mouche l’a piqué ?

Exercice 1

Par l’imagination, au travers des cinq sens, se composer dans la tête une scène. Lieu : une cellule de prison. Personnages : un prisonnier, une mouche. Voir, entendre, sentir, toucher, goûter.

Ensuite chacun peut partager brièvement.

Audition de Mireille (Dick Annegarn, 1975)

Exercice 2

Chacun va interpréter dramatiquement un couplet et un refrain de la chanson :

Permettez-vous que j’emprunte votre oreille ?
Histoire de vous raconter l’histoire de Mireille
Mireille est une mouche, comme toutes les mouches
Le soir, elle se couche, à l’aube elle se réveille

[Refrain:]

Ah zoumzoumzoumzoumzoumzoumzoumzoumzouzoum

Un jour, elle atterrit dans la cellule d’une crapule
Raymond était son nom, il tirait vingt ans de prison
Violeur, voleur, tueur, Raymond attend son heure
Abruti par l’ennui, la mouche le surprit

[Refrain]

Raymond: Bonjour,la mouche ! Mireille: Bonjour, Raymond !
Soyons de bons amis, des amis pour de bon
La brute apprivoisée, passant toute sa journée
À jouer avec Mireille, pour bonne conduite est libérée

[Refrain]

Qu’est-ce qu’on peut bien faire, quand on sort de prison
Dans une poche une mouche, dans l’autre quelques ronds ?
« Si je me faisais dompteur de puces, de cafards et d’abeilles
Je ne me ferais manager, la bête de scéne serait Mireille »
Oh oué !

[Refrain]

« Voyons ce que ça donne, voyons si tu étonnes
Les clients de ce bistro, Mireille, va faire ton numéro »
« Tiens, une mouche ? Pardon », dit le garçon
Et d’un pouce farouche…

Ah zoum zoum… zoumahzoumzoum… zoum…

Mireille…

 

Un commentaire intéressant de Max Leb sous la vidéo youtube : Le sujet de fond est l’innocence retrouvée immédiatement saccagée par la cruauté du réel.



Une autre chanson tragique de Dick Annegarn :

Il chante Bruxelles :

 

Dick Annegarn en 2008 chez Laurent Ruquier :

Aux Francofolies de La Rochelle

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Chansons françaises de jadis à réfléchir (ou pas)

Caustiques, pleines de bons sentiments, absurdes, philosophiques,  mystiques…

Jacques Dutronc :

Nino Ferrer :

Serge Gainsbourg :

Les Poppys

Antoine :

Georges Brassens

Jacques Brel :

Tom Novembre :

Tradition, modernité et postmodernité

La polémique autour du Christmas Tree de la grand place de Bruxelles invite à réfléchir sur les notions de tradition, modernité et postmodernité.

Tradition

Dans une société traditionnelle, le temps est cyclique : tout se répète, rien ne bouge. Tout est à sa place. L’année est structurée par des rites  immuables qui rassemblent la population (le sapin de noël, par exemple).

C’est aussi une société où les rôles sont clairement répartis, souvent avec une hiérarchie (cela se marque particulièrement dans la place accordée aux deux sexes, par exemple).

La religion assure la stabilité d’un ordre présenté comme voulu par Dieu ou par les dieux.

Les arts sont codifiés, ils ne remettent pas en cause l’ordre établi, mais le représentent symboliquement et en cherchent le sens.

Modernité

En Europe, aux 18ème et 19ème siècles, ce modèle a été fortement remis en cause. La Révolution Française représente bien cette rupture. La religion est  remise en cause, ainsi que la hiérarchie entre les individus. Le temps n’est plus regardé comme une répétition cyclique d’un éternel ordre des choses : il est regardé comme une flèche orientée vers l’avenir qui permet le progrès de l’humanité.

Les individus cessent d’être déterminés par leur origine, le statut de leur famille, la religion : ils s’émancipent et deviennent des citoyens qui, par leur intelligence (leur raison) et leur développement moral, vont participer au progrès de l’humanité. C’est avec la modernité que naît l’école obligatoire pour tous.

Les arts ont pour rôle de participer de cette avancée : ils cherchent à représenter ce progrès, à explorer ce vers où l’humanité peut aller de l’avant.

Postmodernité

L’idéal de la modernité est fortement remis en question au XXème siècle : ce siècle a été marqué par le pire (deux guerres mondiales, shoah, horreurs staliniennes. Non seulement l’idéal moderne n’a pas empêché le pire, mais, dans le cas du communisme, il l’a même provoqué. Dès la fin de la première guerre mondiale, de jeunes artistes cessent de croire en quelque valeur que ce soit (qu’elles soient modernes ou traditionnelles) : c’est le cas du dadaïsme, par exemple :

Ce mouvement s’accentuera encore par la suite. On ne croit plus ni aux valeurs de la traditions (en tout cas on veut être libre par rapport à elles) ni aux valeurs de la modernité et efforts qu’elles exigent.

Marien

Marcel Marien

Avec la postmodernité, le temps n’est plus valorisé. C’est l’instant qui prime : l’individualisme marque la société (l’individu cherche avant tout son épanouissement, ainsi que celui de ses proches). La société se fragmente, une infinité de modes de vie deviennent possible et légitime, la différence sexuelle est remise en cause (voir la théorie des genres).
L’art contemporain est particulièrement  marqué aussi par cet éclatement des références.

Une oeuvre-installation du plasticien Jeff Koons (au palais de Versaille)
L’installation du Christmas Tree est typiquement postmoderne : la réaction négative qu’elle provoque est significative de l’inquiétude que provoque la vision postmoderne dans la population. Où va-t-on ? « Qu’est-ce qui reste comme valeurs sur lesquelles s’appuyer quand un art sans « valeur » remplace un symbole rituel traditionnel.

Même la rumeur xénophobe incriminant les musulmans dans ce remplacement est représentative : l’ère postmoderne, avec son individualisme, est aussi celle de la peur des autres communautés puisque plus rien ne « rassemble ».

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Autres courants artistiques : http://6expression.wordpress.com/category/courants-artistiques/

Précisions de vocabulaire

Le « Théâtre » désignait d’abord le lieu où se donnaient les spectacles publics. Littéralement : là où l’on regarde.

Il est plus juste de parler du genre littéraire dramatique. Mot qui vient du grec « drama » qui signifie l’action : ce que voit le spectateur, c’est en effet de l’action produite par des acteurs.

L’auteur de théâtre est appelé le dramaturge (la racine « urge » vient en grec de « ergon », le travail, la production).

Tragédie, comédie, drame

La tragédie (littéralement « chant du bouc ») est une pièce dont le spectateur sait, dès le départ, qu’elle finira  terriblement mal, par une catastrophe. Selon Aristote, elle doit produire chez le spectateur deux émotions : la pitié et la terreur : pitié pour le héros tragique auquel il s’est identifié et terreur devant l’ampleur de la catastrophe qui le frappe. Les trois grands tragédiens antiques : Eschyle, Sophocle, Euripide. En France Racine (17ème) est le principal auteur moderne de tragédie. Shakespeare, en Angletterre, en a produit de nombreuses.

La comédie (littéralement « chant de célébration, de procession ») est une pièce dont le spectateur sait, dès le départ, qu’elle finira bien. Elle doit produire chez lui la joie. Aristophone est le plus connu des auteurs de comédie dans l’antiquité grecque. En France, tout le monde connaît Molière. Shakespeare a produit également des comédies.

Le drame est plus récent : c’est une pièce à rebondissement dont le spectateur ne sait si elle finira bien ou mal. Elle doit avoir un effet pathétique (de « pathos », la souffrance).

Ces catégories fonctionnent également pour le cinéma.