Quelques performances

A partir des années 60, un genre artistique prend une grande importance dans les Arts Plastiques : la performance ou le happening.

Il s’agit pour l’artiste de créer dans l’espace public un événement signifiant, de « former » (formare) « à travers » la vie concrète une oeuvre. On pourrait aussi parler d’un acte symbolique. Quand Chris Burden se fait tirer une balle dans le bras en public, son oeuvre a souvent été interprété comme une interpellation des spectateurs : n’êtes-vous pas complices puisque vous avez laissé faire ?

Nombre de ces plasticiens sont partisans d’un art conceptuel : l’oeuvre exprime un concept, une idée à décoder, une interpellation qui doit faire avancer le spectateur.

Est-ce absolument nouveau ? L’acte symbolique n’est-il pas un mode d’expression extrêmement ancien ? Quand Diogène, le philosophe cynique, se promenait nu dans un tonneau à Athènes, ne donnait-il pas également une forme concrète à sa philosophie ?  L’incarnation du Christ, sa passion et sa résurrection ne sont-elles pas les trois moments d’une longue « performance » destinée à interpeller et indiquer une voie à l’humanité ?

Les prophètes de l’Ancien Testament, eux aussi étaient coutumiers d’actions symboliques, souvent demandées par Dieu pour interpeller Israël. Par exemple Ezechiel. Ou Jérémie

De même quand Beuys incarne l’homme malade de l’occident et la nécéssité chamanique de retrouver son âme par la rencontre de l’animal totem dans sa fameuse performance Coyote.

Article Wikipedia

Shoot de Chris Burden

La réputation de Burden comme artiste de performance a commencé à se développer au début des années 1970 après une série de performances controversées dans lesquelles l’idée du danger personnel en tant qu’expression artistique était centrale. Son action la plus connue à cette époque est peut-être la performance Shoot qui a été faite à Santa Ana, en Californie en 1971, où il s’est fait tirer une balle dans le bras gauche par un aide à une distance d’environ cinq mètres.

Une étude sur Chris Burden

MesuRAGEs (ORLAN)

La page du site officiel d’ORLAN consacrée à ses performances

Tableaux-Tirs (Niki de Saint-Phalle)

The Artis is present (Martina Abramovic)

La rétrospective “Marina Abramović: The Artist is Present“, qui s’est tenue de mars à mai 2010, occupait plusieurs étages du MoMA, la plupart dédiés aux premiers chapitres de la carrière de l’artiste. Mais l’événement de cette rétrospective était la nouvelle performance de l’artiste : deux chaises face à face, l’une accueillant l’artiste, l’autre le public se relayant, pour un échange, les yeux dans les yeux, en silence. Durant trois mois – chaque jour d’ouverture – l’artiste est restée quotidiennement assise sept heures et demi sans manger, boire, ou se lever, un exploit d’endurance mentale et physique ; un défi, même, pour une habituée de ce type de performances. L’expérience se révèle un surprenant facteur de rassemblement social, brassant des personnes de tous âges, de toutes origines, de toutes catégories. Conséquence du « dialogue direct des énergies » entre Marina Abramović et le public, l’émotion devient palpable : certains fondent en larmes, d’autres s’illuminent de sourires transcendants. En tout, près de 750 000 personnes ont assisté à la performance.

Strip Tease intégral de Ben

Regardez-moi, nous sommes tous ego.

Le site de Ben Vautier

Allan Kaprow en éclats

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Nudité : quand la performance tombe dans le stéréotype…

Lunettes rouges au sujet de Déborah de Robertis

Quelques performances et oeuvres plastiques féministes des années 70

Martha Rosler : Sémiotics of the Kitchen (1975)

La version Barbie Stop Motion :

 Valie Export : Tapp-und Tastkino (Touch Cinema), 1968

Leslie Labiwitz et Suzanne Lacy : In Mourning and in Rage (1977-1978)

Birgit Jürgenssen

ORLAN : Le Baiser de l’Artiste (1977)

Un aperçu d’art-action féministe sud américain contemporain

Whomenhouse

Tradition, modernité et postmodernité

La polémique autour du Christmas Tree de la grand place de Bruxelles invite à réfléchir sur les notions de tradition, modernité et postmodernité.

Tradition

Dans une société traditionnelle, le temps est cyclique : tout se répète, rien ne bouge. Tout est à sa place. L’année est structurée par des rites  immuables qui rassemblent la population (le sapin de noël, par exemple).

C’est aussi une société où les rôles sont clairement répartis, souvent avec une hiérarchie (cela se marque particulièrement dans la place accordée aux deux sexes, par exemple).

La religion assure la stabilité d’un ordre présenté comme voulu par Dieu ou par les dieux.

Les arts sont codifiés, ils ne remettent pas en cause l’ordre établi, mais le représentent symboliquement et en cherchent le sens.

Modernité

En Europe, aux 18ème et 19ème siècles, ce modèle a été fortement remis en cause. La Révolution Française représente bien cette rupture. La religion est  remise en cause, ainsi que la hiérarchie entre les individus. Le temps n’est plus regardé comme une répétition cyclique d’un éternel ordre des choses : il est regardé comme une flèche orientée vers l’avenir qui permet le progrès de l’humanité.

Les individus cessent d’être déterminés par leur origine, le statut de leur famille, la religion : ils s’émancipent et deviennent des citoyens qui, par leur intelligence (leur raison) et leur développement moral, vont participer au progrès de l’humanité. C’est avec la modernité que naît l’école obligatoire pour tous.

Les arts ont pour rôle de participer de cette avancée : ils cherchent à représenter ce progrès, à explorer ce vers où l’humanité peut aller de l’avant.

Postmodernité

L’idéal de la modernité est fortement remis en question au XXème siècle : ce siècle a été marqué par le pire (deux guerres mondiales, shoah, horreurs staliniennes. Non seulement l’idéal moderne n’a pas empêché le pire, mais, dans le cas du communisme, il l’a même provoqué. Dès la fin de la première guerre mondiale, de jeunes artistes cessent de croire en quelque valeur que ce soit (qu’elles soient modernes ou traditionnelles) : c’est le cas du dadaïsme, par exemple :

Ce mouvement s’accentuera encore par la suite. On ne croit plus ni aux valeurs de la traditions (en tout cas on veut être libre par rapport à elles) ni aux valeurs de la modernité et efforts qu’elles exigent.

Marien

Marcel Marien

Avec la postmodernité, le temps n’est plus valorisé. C’est l’instant qui prime : l’individualisme marque la société (l’individu cherche avant tout son épanouissement, ainsi que celui de ses proches). La société se fragmente, une infinité de modes de vie deviennent possible et légitime, la différence sexuelle est remise en cause (voir la théorie des genres).
L’art contemporain est particulièrement  marqué aussi par cet éclatement des références.

Une oeuvre-installation du plasticien Jeff Koons (au palais de Versaille)
L’installation du Christmas Tree est typiquement postmoderne : la réaction négative qu’elle provoque est significative de l’inquiétude que provoque la vision postmoderne dans la population. Où va-t-on ? « Qu’est-ce qui reste comme valeurs sur lesquelles s’appuyer quand un art sans « valeur » remplace un symbole rituel traditionnel.

Même la rumeur xénophobe incriminant les musulmans dans ce remplacement est représentative : l’ère postmoderne, avec son individualisme, est aussi celle de la peur des autres communautés puisque plus rien ne « rassemble ».

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Autres courants artistiques : http://6expression.wordpress.com/category/courants-artistiques/

Body art

Parmi les voies récentes de l’art contemporain (depuis l’après seconde guerre mondiale), il y a le Body Art. Le matériau que travaille l’artiste devient son propre corps. La pratique du tatouage est ancienne, bien connue et socialement reconnue. Mais il en est d’autres.

La première manière de procéder est la performance (en anglais le happening) : il s’agit de créer un événement, une représentation , et de le faire dans un lieu, à un moment précis, devant un public non nécessairement préparé. ce qui le différencie de la représentation théâtrale est normalement son caractère non prévu, non reproductible. Ce type de manifestation artistique est apparue au milieu des années 6O. Le happening était souvent un art de la provocation marqué par le spectacle de la nudité.

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Un classique de la performance est Coyote, I like Americas and America likes me  par Joseph Beuys.

Des photos.

Une synthèse sur quelques aspects de l’art après la seconde guerre mondiale

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Le happening peut-être combiné à la peinture : par exemple, Yves Klein

Mais aussi à la musique. Par exemple John Cage :

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La plasticienne ORLAN  va plus loin, elle fera de son propre corps une oeuvre d’art, notamment grâce à la chirurgie esthétique (une de ses opérations – celle où elle s’est faite ajouter deux cornes en silicone sur le front – sera diffusée dans une galerie d’art new-yorkaise)

De telles pratiques artistiques paraîtront souvent choquantes, mais il faut se rappeler qu’elle sont en réalité extrêmement anciennes et traditionnelles dans l’humanité. Toutes les civilisations ont cherché à donner du sens au corps humain en le transformant… Particulièrement dans les peuples premiers :

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Pour prolonger : le roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, Lorsque j’étais une oeuvre d’art.